Voyage dans les mots

Textes, poèmes et phrases que j'aime.

24 juillet 2008

Les tomates de Babeth

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Elles ne sortent pas d’une serre !

Charnues, généreuses, cramoisies,

elles s’étoilent en mûrissant.

Alchimie du rouge vert orange.

Les mignonnes craquent sous la dent

elles résistent à la morsure,

puis elles explosent, elles crépitent

en révélant leur saveur dorée, acidulée.


Fermer les yeux pour n’être pas distraite,

ce soleil soudain entre langue et palais !

Ne pas mordre dans la joufflue,

mais jouir encore de sa beauté sensuelle.


Revenir à la maison avec un cageot dodu

de ces pommes qui portent nom d’amour

On passait pour un petit bonjour,

on repart avec la sensation d’être aimée.

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Photos Océania

 

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23 juillet 2008

Paul Giannoli (pluie de perles)

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Sous une pluie de perles et de rubis

L'été, un simple rideau de perles sépare la cuisine du jardin. Il ne s'agit que de petites billes multicolores enfilées sur des chaînettes verticales. On dirait qu'il pleut des rubis, des émeraudes, des saphirs, des améthystes.

Ce rideau mouvant fait inventer des atti­tudes. On peut, dans un geste théâtral, le par­tager pour entrer en scène. Si les deux mains sont occupées par une corbeille de pêches ou le tian du civet, on se présente de dos, les fils vous accompagnent jusqu'à la fin de la rota­tion qu'on est obligé d'effectuer. Il arrive que les perles se prennent dans les chevelures. Les filles jouent à les draper autour de leur taille pour ressembler à des danseuses orientales. Friand de leur caresse sur son dos, le chat entre et sort inlassablement.

Le rideau de perles manifeste sa vie par un bruissement qu'on ne peut pas confondre avec d'autres bruits du jardin. Il existe une inexpli­cable harmonie entre lui et le chant des cigales.

Souvent une guêpe s'obstine, s'acharne, bataille, incrédule devant cette floraison de fruits sans parfum.

J'aime secouer le panier à salade. Surtout l'été.

Je me place dans un rai de soleil qui filtre par les lames des persiennes. Là, j'accomplis un acte féerique.

A chacun des balancements une myriade de gouttelettes d'eau s'échappe et retombe. Me voici au milieu d'un essaim de petites bulles iri­sées. Un arc-en-ciel se fragmente pour tomber sur moi en averse.

La cuisine disparaît. Je suis le créateur d'un univers magique tellement éphémère que per­sonne n'aurait le temps de me le voler.

 

In « Les gestes oubliés »
Photo Yves "Diadème"

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22 juillet 2008

Pierre Dac

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Bout de la langue : endroit où on met les mots que l’on ne trouve pas.



Photo pub dans NouvelObs

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20 juillet 2008

Pascal Quignard

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Il y a, dans des bars peu éclairés, des tables qui sont très basses, qui arrivent aux genoux, où on pose les verres. Les sentiments les plus difficiles ou les plus embarrassants se disent en se penchant au-dessus d'elles — sombres, vernies, obscures. Alors l'un et l'autre se communiquent des sons en n'élevant pas la voix. Les sons tâtonnent dans la demi-obscurité. Ils trouvent une oreille, elle-même obscure. Les corps sont si proches que la vue en est brouillée. On sent l'odeur tiède de la peau de la femme qu'on aime. On feint encore de parler pour plonger le nez dans ses cheveux. Si celle à qui on s'adresse vous aime, elle a l'amabilité de laisser croire qu'elle prête toute son attention à ce qui lui est dit. En vérité son âme se berce à l'aide de la voix basse qui y rythme le temps. Elle en aime, au-delà de son grain, la nudité singulière qui s'y indique. Elle suce son morceau de citron. Le bout de glace qui reste dans le bol de porcelaine fond.

 

In « Les paradisiaques »

Photo lavomatic (flickr)

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19 juillet 2008

Erri De Luca (Lois)

Essais_Montaigne


 

Lois

 

Montaigne écrivit dans un de ses essais : « Or les loix se maintiennent en crédit, non par ce qu'elles sont justes, mais par ce qu'elles sont lois. C'est le fondement mystique de leur authorité ; elles n'en ont poinct d'autre. »
Pas­cal ajoute à cette pensée : « Mais le peuple la suit [la loi] pour cette seule raison qu'il la croit juste. » Puis, dans un écart de pensée anar­chique, il tire cette conclusion : « Mais il [le peuple] est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien [les lois] ; ce qui se peut faire de toutes, en les regardant d'un certain côté. »
Les mouvements révolution­naires naissent toujours d'un sentiment d'in­justice, d'un droit à réagir contre une loi. Prises séparément, toutes les lois sont perfectibles, c'est-à-dire abrogeables. Le principe de relati­vité de toute loi a été étudié depuis des siècles, mais nous n'en sommes toujours pas persua­dés. On se soumet à des procédures où la dis­crétion et l'arbitraire sont sanctionnés par le douteux critère de « conscience » et de « liberté de conviction » du magistrat. On s'en remet à la voix d'un unique collaborateur de justice, autrefois qualifié de délateur, puis promu au rang de source de vérité par la transfiguration d'un repentir. Je rappelle qu'en latin paenitere signifie faire pénitence et non pas la faire sup­porter à d'autres.

Nous avons oublié que dans le Deutéro­nome/Paroles (19, 15) Dieu a laissé cette phrase par écrit : « Il ne pourra se dresser un seul témoin contre un homme pour chaque faute ou chaque péché qu'il péchera, mais sur la bouche de deux témoins ou sur la bouche de trois témoins l'affaire sera réglée. »

 

In « Alzaia »

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18 juillet 2008

J.-B. Pontalis (fragment d'un psychanalyste)

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Des patients qui s'expriment bien, parlent comme ils écriraient, dans une langue impeccable, avec un vocabulaire choisi, je me dis que l'usage qu'ils font de la parole est un cache-misère. J'attends que les mots leur manquent. Le reste suivra.

 

In « En marge des jours »

Photo Anne Van, Warsaw

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17 juillet 2008

Mag

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Mag chérie,

 

Vous m’attendez, chez vous, aux Tapets. 

Pimpante et souriante, vous m’accueillez ; votre panier, le courrier, une veste, le rituel des clefs, tout est prêt, nous y allons. Déjà, dans la voiture, nous partageons les belles choses que nous avons vues, entendues, que nous avons touchées, goûtées, senties.

Nous sommes impatientes de mettre nos perceptions à niveau depuis notre dernière entrevue. Comme si nous craigniions oublier quelque chose de beau, de léger, de subtil que nous avons reçu et que nous souhaitons redonner, coloré de notre joie. Que cette joie vive et se reproduise dans le partage de nos sensibilités.

Nous arrivons chez moi, de votre panier vous sortez un pot de confiture maison, un morceau de cake, deux œufs frais de la poule de la voisine et une rose d’automne, fragile et tendre, une rose de votre jardin.

 

La lumière qui baigne le séjour est belle, nous nous installons en savourant un sherry.

Vous me parlez de la douceur de mon visage.

Je regarde vos yeux bleus, vos cheveux blancs, lisses et courts, votre regard pétillant qui reflète vos émotions, de la joie à la gravité, de l’émerveillement au chagrin.

 

Nous parlons de votre cours de littérature : Maupassant et Barbey d’Aurevilly, le thème de l’eau dans la Bible, puis d’un livre de Jacqueline de Romilly,

Vous racontez votre visite au musée de l’Antiquité à Arles, les souvenirs de la maison de Mozart à Salzbourg où vous aviez remarqué un ravissant guéridon.

Vous évoquez vos enfants, vos petits-enfants…

Nous prenons nos agendas : le 9 novembre nous écouterons une conférence sur l’origine du langage, et puis encore…et encore…

« Mais on ne peut pas tout faire, n’est-ce pas Danielle, c’est dur de refuser ! »

 

Selon les sujets que nous abordons, vous récitez des poèmes,

vous les dites bien, avec fougue ou simplicité, avec amour.

Nous bouquinons fébrilement pour retrouver ceux dont vous n’avez pas un souvenir exact ; je les imprime après les avoir retranscrits sur l’ordinateur qui vous fascine par sa magie.

Lorsque nous quittons la maison, vous recherchez encore un poème d’Aragon.

Arrivées chez vous, nous gagnons la pièce spacieuse tout en haut, large fenêtre, vaste paysage, et nous lisons les mots qui se dérobaient ;

«  Ecoutez, Danielle, comme c’est beau » :

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche…

 

Nous égrenons des fleurs sèches, zinnias et bleuets pour que j’emporte le printemps futur au creux d’enveloppes scellées de gomme adragante.

Vous me raccompagnez jusqu’à la voiture en me confiant que vous adorez votre maison, mais que vous ne pouvez plus rester seule.

Vous restez longtemps au creux du chemin, entre les cerisiers, silhouette menue agitant le bras.

 

En descendant la route sinueuse, j’ai vu le premier mince croissant de lune,  comme une parenthèse que l’on ferme, j’ai murmuré : «  S’il vous plaît, encore un petit peu, gardez-la encore un petit peu… pas tout de suite… »

 

A peine rentrée, le téléphone sonne : «  Danielle, merci pour cette merveilleuse journée, vite, vite, prenez Arte, il y a Ella Fitzgerald…je vous aime…au revoir »

 

Moi aussi, Mag, je vous aime.

 

Journée du vendredi 19 octobre 2001

Mag 10 janvier 1916 - 14 juillet 2008

Photo Océania

Posté par oceania55 à 16:27 - Danielle - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juillet 2008

Claude Roy

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                                                                                         Photo Dominique Hasselmann

                                                                                                            

Quand l'âge est venu, il y a des moments qui ressemblent à ces stations de métro de grandes correspondances, où sou­dain le wagon se vide. Les amis, les voisins, les connaissances se mettent à descendre du train précipitamment. La mort a des embouteillages.


22 septembre 1991

 

In « Le rivage des jours » 1990 – 1991

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14 juillet 2008

Henri Michaux

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Dans une époque d'agités, garde ton « andante ».
En toi-même redis-toi toujours :
« Davantage, davan­tage d'andante »,
tâchant de t'amener où il faut que tu arrives.
Sinon, précipité, tout devient superficiel.
Les indignés du moment n'y échappent guère,
pres­sés comme ils sont,
afin de n'être jamais en retard d'une indignation.
Leurs voix aussi ont trop d'aigu.



In, « Poteaux d’angle »

Coquelicot Michel L.

 



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13 juillet 2008

Cadenza

Cadenza



Hier soir, dans l'église de Goult,

six femmes et trois hommes vêtus de noir et blanc,

des anges amoureux du chant,

cet amour passe par leur voix a cappella

Leur corps aussi, ce lent mouvement d'offrande

incarne l'intensité qui les anime,

le travail de choeur, la complicité,

l'attention et la simplicité.

Leurs voix rassemblées arrêtent le temps,

le regard se trouble.

Ici et maintenant, cela existe

qui nous emplit de beauté,

nous nous sentons un peu plus humains,

cadeau des anges.


Merveilleux "Alleluya" d'après Jeff Buckley,

sourdes et profondes "Funérailles de la Reine Mary" de Purcell,

voix accompagnées par l’orgue.


Après, le verre et le buffet de l'amitié.

Nous sommes passés par la sacristie,

couru sous une pluie battante pour traverser le petit jardin

pour se retrouver trempés, souriants et heureux,

un verre de vin ou jus d'orange à la main,

dégustant quiches, pizzas, omelette et tutti quanti délicieux.

 

Merci "Cadenza"


Posté par oceania55 à 19:22 - Cadenza - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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